Micro-entreprise ou portage salarial : comparer les statuts
Guide comparatif des deux statuts, points communs, caractéristiques et scénarios d'usage pour choisir sans conseil personnalisé. Mis à jour le 17/09/2026.

Vous facturez déjà quelques clients en micro-entreprise, un confrère vous dit qu’il est passé en portage salarial « pour la protection sociale », et vous vous demandez si vous devriez faire pareil. La question n’a pas une réponse unique : elle dépend d’un niveau d’activité, et il existe un palier bas en dessous duquel basculer ne change à peu près rien, comme un palier haut au-delà duquel rester en micro n’est plus possible. Cette page pose les deux, avec les seuls chiffres qui soient publiés par une source officielle et datée.
Sommaire
- Ce que les deux options ont en commun
- Micro-entreprise : un régime simplifié, avec une frontière chiffrée
- Portage salarial : deux contrats, et un employeur qui ne doit pas vous donner de travail
- Le coût réel : ce qui est prélevé, et dans quel ordre
- Ce que les sociétés de portage affichent, au 17 septembre 2026
- Micro-entreprise ou portage salarial : à partir de quel niveau la bascule change quelque chose
- Ce qu'on ne peut pas vous dire honnêtement
- Protection sociale : chaque droit avec sa condition
- Quatre situations, quatre raisonnements
Ce que les deux options ont en commun
Dans les deux cas, vous exercez une activité indépendante : vous cherchez vos clients, vous négociez votre prix, vous livrez la prestation. Le code du travail en fait même une condition d’accès au portage — son article L1254-2 exige du salarié porté qu’il justifie « d’une expertise, d’une qualification et d’une autonomie qui lui permet de rechercher lui-même ses clients et de convenir avec eux des conditions d’exécution de sa prestation et de son prix » (texte relevé sur le Code du travail numérique le 17 septembre 2026).
Conséquence directe, et c’est la première chose à dire à quelqu’un qui sort de formation : aucun des deux statuts ne vous apporte de clients. Le choix du statut se pose une fois que vous en avez un, pas avant.
Dans les deux cas également, un contrat lie la prestation à son client, et des déclarations sont dues — vous les faites vous-même en micro-entreprise, l’entreprise de portage les fait pour vous en portage salarial.
Micro-entreprise : un régime simplifié, avec une frontière chiffrée
La micro-entreprise est un régime simplifié pour exercer en nom propre, décrit par la fiche de Service-public consultée le 17 septembre 2026. Vous n’avez pas d’employeur, vous facturez directement votre client, et l’immatriculation dépend de la nature de l’activité.
Sa particularité, c’est qu’il a une porte de sortie chiffrée : le régime micro-fiscal est soumis à des seuils de chiffre d’affaires et disparaît si ces seuils sont dépassés. Le portail auto-entrepreneur de l’URSSAF publie les montants applicables aux revenus 2026.
Vente de marchandises | 203 100 €
Prestations de services (BIC et BNC) | 83 600 €
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Un développeur, un graphiste, un intégrateur ou un consultant relèvent de la ligne « prestations de services ». C’est donc ce montant qui constitue le plafond de leur activité en micro : au-delà, le régime cesse de s’appliquer et la question du changement de structure ne se pose plus, elle s’impose.
Portage salarial : deux contrats, et un employeur qui ne doit pas vous donner de travail
Le portage salarial n’est pas un statut d’indépendant : c’est un contrat de travail. L’article L1254-1 du code du travail le définit comme l’ensemble formé par deux contrats distincts — un contrat commercial de prestation entre l’entreprise de portage et l’entreprise cliente, et un contrat de travail entre l’entreprise de portage et le salarié porté, que cette entreprise rémunère. La formule « relation tripartite », très répandue dans le secteur, ne correspond pas au texte.
Ce cadre vient de l’ordonnance n° 2015-380 du 2 avril 2015 relative au portage salarial, elle-même rendue nécessaire par la décision n° 2014-388 QPC du Conseil constitutionnel du 11 avril 2014. Une convention collective de branche, signée le 22 mars 2017 et étendue en 2017, porte l’IDCC 3219.
Trois limites, écrites dans le code du travail et rarement mises en avant, méritent d’être connues avant de basculer :
En contrepartie, l’entreprise de portage est très encadrée : activité exclusive de portage (L1254-24), garantie financière couvrant salaires et cotisations (L1254-26), et surtout un compte d’activité notifié chaque mois au porté (L1254-25), qui retrace les versements du client, les frais de gestion, les frais professionnels, les prélèvements sociaux et fiscaux, la rémunération nette et l’indemnité d’apport d’affaires. C’est la pièce qui permet de vérifier qu’un calcul est exact — peu de portés savent qu’ils peuvent l’exiger.
Le coût réel : ce qui est prélevé, et dans quel ordre
La comparaison de coût se joue rarement là où on la cherche. En portage, la chaîne qui va du prix payé par le client au net versé sur le compte est fixée par l’article L1254-25 et par l’article 21 de la convention collective de branche.
Retenez l’ordre : sur ces cinq péages, un seul a un taux négociable, et c’est le premier. C’est aussi le plus petit. Les pages qui font des frais de gestion le critère principal du choix trompent le lecteur sur les ordres de grandeur, parce que les cotisations sociales pèsent bien davantage.
Ce que les sociétés de portage affichent, au 17 septembre 2026
Un taux de frais de gestion n’est pas une règle de droit : c’est une pratique commerciale, à une date donnée, qui peut changer demain. Les montants ci-dessous ont été relevés le 17 septembre 2026 sur les sites des éditeurs eux-mêmes, et ils ne valent que pour eux.
Un acteur a choisi un modèle qui fait éclater la comparaison en pourcentage : un forfait mensuel fixe, recalculé chaque mois selon la tranche de chiffre d’affaires des douze derniers mois, sans engagement ni frais d’entrée ou de sortie.
Tranche haute (plafond) | 249 €/mois
Tranche 3 | 199 €/mois
Tranche 2 | 149 €/mois
Tranche 1 | 99 €/mois
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Une partie significative du marché, en revanche, ne publie pas son prix du tout : au 17 septembre 2026, ABC Portage, Ad’Missions, Umalis et Freelance.com n’affichaient aucun taux de frais de gestion sur leur site. C’est une information en soi, et un point à régler avant de signer quoi que ce soit.
Micro-entreprise ou portage salarial : à partir de quel niveau la bascule change quelque chose
Voici le cœur de la décision, et il tient à deux paliers.
Le palier bas est un plancher de rémunération. La convention collective de branche fixe la rémunération minimale du salarié porté en pourcentage du plafond mensuel de la sécurité sociale : premier niveau 63 %, junior 70 %, senior 75 %, expert au forfait jour 85 %. Ce minimum intègre le salaire de base, les indemnités de congés payés et la prime d’apport d’affaires. Le plafond mensuel, lui, a été fixé à 4 005 € pour 2026 par l’arrêté du 22 décembre 2025 publié au Journal officiel du 23 décembre 2025, applicable depuis le 1er janvier 2026.
Ce plancher a une conséquence pratique très concrète : votre chiffre d’affaires doit financer, en plus des frais de gestion et des cotisations patronales, un salaire brut qui ne peut pas descendre sous ce niveau pour un temps plein. En dessous, le portage à temps plein n’a pas de prise sur votre situation — une activité d’appoint, quelques jours facturés par mois, ne fait pas entrer dans les droits que l’on vient y chercher. Basculer parce que le statut fait plus sérieux, sans le volume d’activité correspondant, ne change rien d’utile.
Le palier haut est le seuil de la micro. À 83 600 € de chiffre d’affaires en prestations de services, le régime micro-fiscal cesse de s’appliquer. Le portage salarial, lui, ne connaît pas de plafond de chiffre d’affaires dans le code du travail — mais cette absence n’est une information que rapportée au seuil de la micro, sinon c’est un argument de vente.
Entre les deux, la bascule se décide sur autre chose que sur un montant : sur l’accès à des clients qui refusent de contracter avec un micro-entrepreneur, et sur des droits sociaux dont chacun a ses propres conditions d’ouverture.
Ce qu’on ne peut pas vous dire honnêtement
Il circule partout une règle de conversion du type « en portage, vous conservez la moitié de votre chiffre d’affaires ». Aucune source officielle ne publie ce ratio : les fourchettes que l’on trouve proviennent exclusivement d’entreprises qui vendent le dispositif, sans méthode publiée. Pour la même raison, il n’existe pas de net « moyen » pour un tarif journalier donné : le résultat dépend du taux de frais, du niveau de frais professionnels justifiés, du statut cadre ou non, du nombre de jours réellement facturés dans le mois et des exonérations applicables.
Ce que devient une journée facturée 500 € dépend donc du taux de frais de gestion, des frais professionnels justifiés et du taux de cotisation applicable. Le seul chiffre honnête est une fourchette, et elle se calcule sur une situation précise. Les simulateurs du secteur n’y répondent pas : chacun applique en dur le taux de frais de son éditeur et des hypothèses qui lui sont favorables, si bien que deux simulateurs donnent deux nets différents pour le même tarif journalier.
Protection sociale : chaque droit avec sa condition
C’est l’argument central du portage, et il est réel — à condition de ne jamais l’énoncer sans ses conditions. Le porté est salarié : il relève du régime général, il reçoit un bulletin de salaire, il cotise à l’assurance chômage et à la retraite. Les conditions d’ouverture de chaque droit, elles, restent celles du droit commun.
Assurance chômage. L’Unédic publie les règles issues de la convention d’assurance chômage du 15 novembre 2024, à jour au 30 avril 2026.
La période de référence est portée à trente-six mois pour les 55 ans et plus. Le régime « primo-entrants », en vigueur pour les pertes d’emploi survenant à compter du 1er avril 2026, ne concerne que ceux qui n’ont pas eu d’admission à l’allocation d’aide au retour à l’emploi dans les vingt années précédentes — autant dire une fois dans une carrière. Et ces jours se comptent en jours de contrat de travail, pas en chiffre d’affaires : une activité faite de missions courtes entrecoupées de vides peut ne pas atteindre le seuil alors même qu’elle a bien facturé. Enfin, la démission d’un CDI de portage n’ouvre pas de droit, sauf motif légitime — ce qui est précisément la situation d’un porté qui n’a plus de clients.
Retraite. Le porté cotise au régime général et à l’AGIRC-ARRCO. Un point mérite d’être connu : le document officiel « Chiffr’Agirc-Arrco 2026 » indique un pourcentage d’appel de 127 %, ce qui signifie qu’une part des cotisations versées ne crée aucun droit. En portage, ces cotisations sont économiquement supportées par le porté, part patronale comprise, puisqu’elles sortent de son propre chiffre d’affaires — et cela n’apparaît sur aucun bulletin de paie.
Arrêt maladie. L’ouverture des indemnités journalières suppose, en droit commun 2026, d’avoir travaillé au moins 150 heures sur les trois mois précédant l’arrêt, ou d’avoir cotisé sur un salaire au moins égal à 1 015 fois le SMIC horaire sur les six mois précédents, selon la fiche d’Ameli relevée le 17 septembre 2026. Un régime « travail discontinu » existe pour les activités intermittentes : 600 heures sur les douze mois précédents. Un trimestre creux peut donc fermer ce droit.
Complémentaire santé. Tout employeur du secteur privé doit proposer une complémentaire santé collective et en financer au moins la moitié ; l’entreprise de portage y est tenue, indique Service-public. Des cas de dispense existent, notamment pour un contrat ou une mission de moins de trois mois, avec versement d’une somme dite « versement santé » à la place.
Prévoyance cadre. L’accord national interprofessionnel du 17 novembre 2017 met à la charge exclusive de l’employeur une cotisation de 1,50 % de la tranche de rémunération inférieure au plafond de la sécurité sociale. Attention : il ne s’applique qu’aux portés relevant du statut cadre. Un porté classé « junior » n’est pas nécessairement dans le champ.
Et les périodes sans mission ? C’est le point que les vendeurs du dispositif ne mettent pas en avant : l’article 17.2 de la convention collective prévoit que « les périodes sans prestation, hors congés payés, ne sont pas rémunérées ». Un CDI de portage est un CDI qui n’emporte aucune garantie de revenu. Le seul amortisseur conventionnel est la réserve de 10 % constituée sur une mission : un tampon de quelques jours, pas un revenu de remplacement. Et sans mission, il n’y a pas d’assiette, donc pas de cotisation — les trimestres de retraite en dépendent.
Quatre situations, quatre raisonnements
Peut-on cumuler une micro-entreprise et du portage salarial ?
Les sources publiques consultées le 17 septembre 2026 ne traitent pas explicitement ce cas de figure. Ce qui est certain, c’est qu’il s’agit de deux relations juridiques distinctes : dans un cas vous facturez en nom propre, dans l’autre vous êtes salarié d’une entreprise de portage qui facture à votre place. Un professionnel du chiffre est le bon interlocuteur pour valider une situation mixte.
Le portage salarial donne-t-il droit au chômage ?
Le porté est titulaire d’un contrat de travail, il relève donc du régime général d’assurance chômage. Les conditions qui s’appliquent sont celles du droit commun : durée d’affiliation minimale et motif de fin de contrat éligible. Cotiser n’ouvre pas de droit en soi.
Quel est le taux normal de frais de gestion ?
Il n’en existe pas : aucun texte ne fixe ce taux, il est purement contractuel, et son assiette est le chiffre d’affaires hors taxes encaissé. Les taux publiés par les éditeurs cités plus haut valent à la date de leur relevé, pour eux seuls, et ne forment pas une fourchette de marché.
Existe-t-il un plafond de chiffre d’affaires en portage salarial ?
Le code du travail n’en prévoit pas, contrairement au régime micro-fiscal qui s’arrête aux seuils publiés par l’URSSAF. En revanche, une autre limite existe en portage : trente-six mois maximum de prestation chez une même entreprise cliente.
Comment vérifier qu’on ne me trompe pas sur mon calcul ?
En demandant le compte d’activité. L’article L1254-25 impose à l’entreprise de portage de le tenir et de le notifier chaque mois, avec le détail des versements du client, des frais de gestion, des frais professionnels, des prélèvements sociaux et fiscaux et de la rémunération nette. Aucun simulateur commercial ne remplace cette pièce.
Chiffres vérifiés le 17 septembre 2026. Cette page est une information générale sur deux régimes : elle ne constitue pas un conseil fiscal, juridique ou patrimonial, et ne tient pas compte de votre situation. Pour un arbitrage personnel, un expert-comptable ou un juriste reste l’interlocuteur adapté.

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